Fedor Emelianenko, le dernier empereur : le meilleur poids lourd de l'histoire
Il n'a jamais combattu à l'UFC, jamais eu besoin de trash-talk ni de réseaux sociaux. Pendant près de dix ans, Fedor Emelianenko a régné sur les poids lourds comme personne, au point de pousser un champion de l'UFC vers la sortie.
Il n'a jamais combattu à l'UFC. Il n'a jamais eu besoin de trash-talk ni des réseaux sociaux pour construire sa légende. Pendant près de dix ans, Fedor Emelianenko a pourtant régné sur les poids lourds comme personne.
Au début des années 2000, le centre du monde du MMA ne se trouve pas seulement aux États-Unis. Au Japon, le PRIDE rassemble certains des meilleurs combattants de la planète. C'est là qu'un Russe au visage impassible va devenir une légende.
Le 16 mars 2003, Fedor affronte Antônio Rodrigo Nogueira, référence mondiale des poids lourds et immense spécialiste du jiu-jitsu brésilien. Le Russe accepte pourtant d'aller dans son domaine, le domine au sol pendant vingt minutes et s'impose par décision. Fedor devient champion poids lourd du PRIDE. Il ne perdra jamais cette ceinture.
Deux ans et demi plus tard vient l'un des combats les plus mythiques de cette génération, Fedor contre Mirko « Cro Cop » Filipović. Le Croate est alors l'un des strikers les plus terrifiants du monde. Fedor avance pourtant face à lui, échange debout, impose son grappling et remporte la décision.
Nogueira, Cro Cop, Mark Coleman, Kevin Randleman, Mark Hunt. Fedor domine l'âge d'or des poids lourds du PRIDE.
C'est aussi ce qui rend son histoire si particulière. Randy Couture, alors champion de l'UFC, rêvait tellement de l'affronter que l'impossibilité d'obtenir ce combat participa à sa décision de quitter l'organisation en 2007.
En 2009, l'UFC tente encore de recruter Fedor avec un potentiel combat contre Brock Lesnar. Mais les négociations échouent notamment sur une condition majeure : son camp souhaite une copromotion avec M-1 Global, organisation russe à laquelle Fedor est profondément lié.
Dana White refuse. Fedor ne cède pas. Il restera fidèle à M-1 Global jusqu'au bout de sa carrière.
Le 26 juin 2010, face à Fabricio Werdum, le monde du MMA connaît un véritable séisme. Fedor n'a plus réellement perdu depuis près de dix ans, vingt-huit combats d'affilée. Werdum tombe, Fedor se précipite pour le finir au sol, se fait piéger dans un triangle puis une clé de bras. Il tape après soixante-neuf secondes. Pour toute une génération de fans, l'image est presque irréelle : Fedor vient de perdre.
Deux nouvelles défaites suivent, face à Antonio Silva puis Dan Henderson. Après Werdum, « The Last Emperor » ne donnera plus jamais réellement cette impression d'invincibilité. Cela ne change rien à sa légende. Fedor reviendra après une première retraite et combattra finalement jusqu'en 2023. Il aura surtout contribué à populariser le sambo, dont il est quatre fois champion du monde, à travers un style mélangeant projections, soumissions, ground-and-pound et une puissance redoutable.
Pas de personnage. Peu de provocations. Pas de réseaux sociaux pour entretenir sa popularité. Un homme discret et humble en dehors du ring, terriblement rugueux à l'intérieur.
Le 4 février 2023, à quarante-six ans, Fedor dispute son dernier combat face à Ryan Bader. Il perd au premier round. Mais ce soir-là, le résultat importe peu. Lorsqu'il dépose ses gants, plusieurs légendes viennent l'entourer dans la cage : Royce Gracie, Chuck Liddell, Randy Couture, Mark Coleman, Frank Shamrock, Dan Henderson, Matt Hughes, Josh Barnett, Renzo Gracie, Rampage Jackson et Chael Sonnen. Des champions, des anciens adversaires et des pionniers du MMA réunis pour saluer un seul homme. Randy Couture, qui rêvait de l'affronter seize ans plus tôt, est là lui aussi. Le combat n'a jamais eu lieu. Mais Couture était présent lorsque Fedor a posé ses gants.
Des années plus tard, interrogé sur les plus grands poids lourds de l'histoire du MMA, Joe Rogan dira : « Je ne sais pas si quelqu'un le bat dans sa prime, il était si fort. » On peut débattre éternellement du meilleur poids lourd de tous les temps. Mais pour ceux qui ont vécu l'époque du PRIDE, Fedor occupera toujours une place à part. Il n'a jamais combattu à l'UFC et Il n'en avait pas besoin pour devenir l'un des plus grands de l'histoire de ce sport.